
Piercing : un moyen de décorer son corps, de se démarquer des vieux et de s’assimiler à un groupe...
Banalisé depuis la fin des années 90, le piercing est très en vogue chez les 12-18 ans. Il est à la fois un moyen de décorer son corps, de se démarquer des vieux et de s’assimiler à un groupe. Sans danger, mais à condition de ne pas faire n’importe quoi.
"Des p’tits trous, des p’tits trous, encore des p’tits trous...", chantait Serge Gainsbourg dans les 70. On devrait remettre le refrain à la mode sachant que le piercing est désormais un objet décoratif tout comme la montre ou les boucles d’oreilles. "Un phénomène de masse et culturel qui touche notamment les jeunes lycéens et non pas une mode passagère", comme le remarque le sociologue David Le Breton. Ce qui n’était pas le cas à sa naissance dans les années 70.
Le piercing a en effet d’abord connu un usage plutôt ludique aux États-Unis, en Californie, servant de signe de reconnaissance mutuelle à des groupes pratiquant des sexualités alors périphériques, homosexuels et sadomasochistes notamment. Au même moment, en Angleterre, les punks s’en servaient pour afficher leur opposition radicale au gouvernement.
On se démarque des parents tout en copiant ses copains ou ses stars
Ça n’est plus un signe de dissidence aujourd’hui. Même si, au-delà d’agrandir la panoplie des tatouages et bijoux, c’est quand même "une marque d’autonomie", observe la spécialiste Marie-Christine Colinon. "C’est un moyen de se démarquer de ses parents puisque qu’on affirme ainsi que notre corps nous appartient", analyse David Le Breton. Et, paradoxe, relève le sociologue, si on le fait pour "se différencier des adultes, on le fait en même temps pour ressembler aux copains". Bref, le piercing a le même usage que les vêtements et les autres signes de reconnaissance en société.
Et il est logique qu’il séduise un maximum de jeunes quand on sait qu’à l’adolescence on est insatisfait de son look et l’on ressent souvent un profond mal-être. Une enquête Médiatrie montrait, fin 1998, que plus d’un tiers des jeunes sondés entre 11 et 15 ans envisageait tatouage ou piercing, dont 50 % des filles de 13-15 ans. À cet âge on se perce principalement au nombril, aux arcades sourcilières ou à la langue.
Pas douloureux ? Pas toujours...
Contrairement au tatouage, le piercing peut s’enlever et le trou se refermera après un certain temps. Mais ça n’est pas si anodin que cela non plus.
Si dans la plupart des cas, le piercing qui dure quelques secondes ne fait pas vraiment mal et se limite souvent à "des sensations de picotement, de chaleur, durant deux jours, en revanche, les lendemains déchantent parfois", avertit Marie-Christine Colinon. Souvent en fonction des endroits que vous percez : le nombril fait souffrir parce qu’il est plus long à cicatriser (8 à 10 jours) et la langue "c’est encore pire : elle reste gonflée environ une semaine, on a énormément de mal à parler et on se retrouve condamné(e) à s’alimenter avec une paille".
Sachez aussi, prévient David Le Breton, que s’en coller plusieurs sur la figure amènera des jugements de valeur. Évitez aussi de percer le nombril et la narine avant 14 ans chez les filles, 16 ans chez les garçons car il est recommandé d’attendre l’achèvement de la croissance.
Enfin, pas utile non plus d’aller se percer les organes génitaux surtout à un âge où l’on découvre la sexualité et où l’on n’a pas besoin de cela pour expérimenter des sensations nouvelles. Au demeurant d’ailleurs, cette partie du corps n’est pas plébiscitée par les jeunes et de toute façon, si vous avez moins de 18 ans, vos parents doivent donner l’autorisation pour un piercing.
Avant toute décision, rappelez-vous simplement que l’on peut "séduire sans se nuire", comme le note Marie-Christine Colinon et que "c’est d’une chose unique et précieuse dont il s’agit - votre corps. Comme toute industrie de consommation, celle qui suggère de le transformer au gré de vos désirs n’est pas exempte de pièges". À vous de les éviter...
Deux conseils à suivre absolument
Il n’y a normalement pas de danger à se faire percer à condition :
- De se renseigner sur la réputation du perceur, sachant qu’il n’y a pas moins de 500 boutiques ouvertes aujourd’hui et que l’on recense une infection sur 10 piercings,
- De bien penser que la cicatrisation va se faire non pas en un jour, mais sur plusieurs mois et qu’il faudra donc s’astreindre à un soin quotidien pour éviter les infections, éviter de toucher le bijou durant le premier mois, de le faire macérer dans un bain...


















