
Youssoupha : "Les études m'ont enrichi en tant qu'homme"
Son cœur est sa plume, sa vie, son encrier. Un artiste à part entière pour qui rap rime avec poésie urbaine. Son nouvel album, Sur le chemin du retour, est une escale musicale au pays des mots bruts et sincères. De qui s'agit-il ? De Youssoupha, bien sûr. Derrière ce nom, un passé d'étudiant, un talent bien présent et une carrière pleine d'avenir.
Quels souvenirs gardes-tu du lycée ?
Je me souviens surtout de la seconde qui avait été atroce... Depuis la quatrième, je voulais me diriger vers un cursus littéraire. Du coup, je me suis beaucoup relâché en mathématiques. Mon niveau commençait à devenir très inquiétant mais je m'en fichais parce que j'étais bon en langues. Au milieu du deuxième trimestre, ma prof de maths m'a dit « vous vous permettez d'avoir de mauvaises notes parce que vous sentez que vous avez la fibre littéraire, mais ça ne va pas se passer comme ça, je vais m'opposer à votre passage en première L ». De là jusqu'à la fin de l'année, j'ai essayé de rattraper mon retard dans cette matière. J'étais totalement paniqué... Finalement, j'ai dû faire mon maximum pour améliorer mes résultats et j'ai réussi à atteindre 5 de moyenne ! Presque par pitié, ma prof de maths m'a laissé passer !
Le baccalauréat en poche, tu as suivi des études à l'université…
Oui, j'ai suivi un cursus en communication à la Sorbonne Nouvelle, l'Université de Paris 3. C'était bien mais j'ai décidé de m'arrêter une fois la maîtrise obtenue. Je trouvais l'enseignement trop théorique. Quand on dit que la fac est faite pour former les enseignants et les chercheurs, ce n'est pas faux !
Que penses-tu du rapport que les jeunes d'aujourd'hui entretiennent avec la langue française ?
Moi, je n'appartiens pas à la génération SMS. Mais déjà, à mon époque, la dictée, ce n'étais pas facile ! Aujourd'hui, je me dis que ça doit être catastrophique… Très jeune, j'ai eu un coup de foudre pour la langue française. J'y suis resté très attaché et depuis, j'aime bien soigner mon orthographe et ma grammaire. Donc aujourd'hui, quand j'envoie un SMS, je mets toujours mon téléphone en mode T9. Comme ça, si je me trompe sur l'écriture d'un mot, je dispose de la correction grâce au dictionnaire inclus dans le portable. Ça me permet d'apprendre quelque chose de plus et de ne pas perdre mes acquis. Je me demande si on donne encore assez le goût des lettres aux jeunes. Je comprends que l'on impose certains classiques de la littérature française, mais on doit aussi leur laisser le temps de la découverte.
Quels conseils donnerais-tu à un jeune qui voudrait se lancer dans la musique ?
Certains jeunes pensent que l'école n'est pas faite pour eux. Ils veulent juste faire du rap. Mais écrire, ça ne va pas forcément de soi ! J'ai suivi des études pour élargir ma culture générale et parce que j'avais une soif d'apprendre. La musique n'est pas incompatible avec un cursus scolaire, au contraire. Mon rap m'a permis de découvrir des horizons et de faire des rencontres, ce qui a nourri mes connaissances. Et mes connaissances ont enrichi mon rap. Se contenter de l'un ou l'autre, c'est se doter d'un handicap. On peut faire des études qui nous plaisent tout en écrivant des chansons !
Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'on assimile les études à une course aux diplômes. La recherche du résultat absolu peut faire perdre l'envie d'apprendre. Rater une année, un examen, se tromper de cursus… à l'échelle d'une vie, ce n'est pas grave du tout. C'est quand on est jeune qu'on peut se permettre de perdre du temps ! Les études ne sont pas une corvée. Elles permettent de se construire et de s'enrichir.
Parle-nous de ton nouvel album, Sur le chemin du retour, sorti le 12 octobre dernier…
À l'âge de 10 ans, j'ai quitté Kinshasa pour venir vivre en France, chez ma tante. Ma mère voulait que j'y poursuive mes études. J'en suis très content car ça m'a enrichi en tant qu'homme. J'ai aussi pu me lancer dans le rap et sortir aujourd'hui mon deuxième album. Je l'ai intitulé Sur le chemin du retour parce que je ne fais plus de la France mon objectif final. Pour moi, le monde est un immense terrain de jeu. J'ai encore des choses à découvrir en me rendant en Afrique, aux États-Unis, en Angleterre, en Asie. Récemment, je suis allé en Palestine… Dans un livre que j'ai lu au lycée, Les lettres persanes de Montesquieu, l'un des personnages disait qu'il voulait essayer de ne pas toujours voir le monde avec les yeux d'un Français. C'est exactement ce que je veux faire !
Un dernier conseil avant de se quitter ?
Je suis plutôt fier d'être en quelque sorte un contre-exemple. Ce n'est pas parce que tu fais du rap que tu n'as pas de diplôme ! Bien sûr, je ne suis pas le seul. L'univers du rap est à l'image de la société, certains ont eu la chance de faire des études, d'autres non… Je conseille aux jeunes de faire abstraction de la pression qui entoure le monde étudiant. Il faut continuer à cultiver sa passion, qu'elle soit culturelle, sportive ou artistique. Étudier et faire ce que l'on aime est la meilleure façon de s'épanouir et d'ouvrir toutes les portes qui s'offrent à nous.




















