Si vous n'avez jamais entendu son nom, c'est que vous vivez dans une grotte. Mort il y a tout juste 40 ans, Boris Vian était un homme universel : il savait faire tout ce à quoi il s'essayait et qui le passionnait.
Ingénieur, écrivain, poète, scénariste, parolier, chanteur, critique et musicien de jazz, mais aussi traducteur... Avouez qu'il y a de quoi complexer à la lecteur des multiples talents de Boris Vian.
Grand coeur malade
Comme souvent dans les trajectoires exceptionnelles, un accident de parcours a probablement joué un rôle : depuis ses douze ans, Boris Vian souffrait d'une maladie de coeur qui perturbera sa scolarité, marquera ses oeuvres et lui sera fatale. Son oeuvre, parlons-en : il faudrait des pages. Publié à l'époque sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, son premier roman est, en principe, connu (je n'ai pas dit lu) de tout lycéen qui n'a pas séché la moitié des cours de français :
J'irai cracher sur vos tombes (1946), dénonciation violente du racisme dans le sud des États-Unis (où il n'a d'ailleurs jamais mis les pieds). Considéré par la société bien-pensante comme pornographique et immoral, il lui vaudra une condamnation pour outrage aux bonnes moeurs. Il en écrira dix autres. Boris est aussi un passionné de jazz. Il joue d'ailleurs de la trompette, chronique le jazz dans la presse. Il est même, durant un temps, directeur artistique d'une grande une maison de disque. Passionné par la culture américaine, il traduit également des romans noirs et de SF.
Son ouverture d'esprit est une des raisons de son succès et de sa popularité. Son adhésion au collège de pataphysique en est une illustration...
Et moi, émois
Son coeur le lâche en 1959, à 39 ans, alors qu'il assiste à la première de l'adaptation cinéma de J'irai cracher. Opposé aux producteurs, sur vos tombes il avait dénoncé cette adaptation et souhaitait faire enlever son nom du générique. Pourquoi son nom est-il si souvent associé à l'adolescence ? Redécouvert en Mai 68, il symbolise l'éternel adolescent et a su trouver les mots, en particulier dans L'écume des jours (1947), oeuvre à la fois romantique et fantastique, pour parler des émois existentialistes de la jeunesse.























