
Grand Corps Malade : "la plupart des gens qui sont allés voir une soirée slam se sont mis à écrire"
Des mots, des histoires, des émotions… Les slameurs animent les rimes au rythme de leurs pensées parfois intimes. Grand Corps Malade fait partie de ces artistes qui cherchent avant tout à partager avec le public. Il revient aujourd’hui sur scène avec son dernier album 3ème temps.
Qu’est-ce que cet album a de différent ou de plus par rapport aux deux premiers ?
Il est quand même dans la continuité des deux premiers. Mais il y a de nouveaux thèmes, un peu plus larges, un peu plus liés à des faits de société… Au niveau de l’enregistrement, on a travaillé en studio mais dans les conditions du live. On a joué tous ensemble, tous en même temps, comme si on était sur scène.
Dans le titre 1er janvier 2010, où tu fais une sorte de bilan, tu dis que ta seule vraie place est sur scène. Où te vois-tu dans 10 ans ?
Je ne sais pas trop en fait. Je ne me projette jamais à long terme. Pour l’instant, je me sens vraiment à ma place sur scène. Si je fais des disques, si je passe à la télé, c’est vraiment pour pouvoir faire des tournées. On est en pleine tournée, elle va durer encore plus d’un an. Je pense qu’il y aura un 4e album assez vite derrière. Et du coup, sûrement une 4e tournée. Je vois jusque là mais je me projette pas plus tard.
En parlant de tournée, tu en commences une en France et au Canada…
On a déjà démarré… On a fait France, Belgique, Suisse, Canada beaucoup, et on a aussi joué au Maroc. Il y a encore beaucoup de dates à venir. En tout, on va faire peut-être 120 ou 130 concerts. Un rythme tranquille, on ne tourne pas à 25 dates par mois, mais 8 à 10. Du coup ça va durer pratiquement 2 ans.
Quelles différences observes-tu entre le public français et le public canadien ?
C’est difficile de généraliser car, rien qu’en France, le public peut être assez différent : entre le Sud et le Nord, le public parisien, etc. Mais d’une manière générale, je pense que le public québécois est plus réactif. Il est capable d’applaudir au milieu d’un texte, c’est un public un peu à l’américaine, on l’entend beaucoup plus et c’est assez agréable.
Si tu pouvais slamer devant un public composé d’écrivains, vivants ou non, qui choisirais-tu ?
Je ne sais pas du tout… Si vraiment on fait une vrai soirée slam, c’est-à-dire que je slame et qu’après je m’assois et pour écouter les autres, je demanderais à Rimbaud, pour voir comment lui interprète ses textes. Je suis pas un grand spécialiste de Rimbaud mais je trouve que son écriture est impeccable, la rime toujours efficace, au bon endroit. Je pense qu’il manque l’émotion d’une voix et d’une interprétation quand je lis un de ses textes. Moi, je suis vraiment quelqu’un qui a la culture de l’oralité liée au slam. Et puis juste pour le plaisir, je demanderais à Brassens de venir aussi à la soirée !
Tu as suivi des études dans le sport, est-ce que tu peux nous en dire plus à ce sujet ?
J’ai eu un accident juste avant mes 20 ans. Avant, je faisais beaucoup, beaucoup de sport, notamment du basket à un petit niveau national. J’ai fais des études pour être prof de sport, en STAPS. Après mon accident, je suis quand même resté dans cette filière-là, ça m’a amené à décrocher un DESS en Management du Sport.
Et tu as travaillé dans ce secteur ?
Oui, j’ai travaillé au Stade de France pendant 4 ans. Et puis après, le slam prenait de l’importance en parallèle. J’ai donc fait le choix d’essayer de vivre du slam.
Et tu ne te vois pas retourner dans le milieu du sport pour le moment ?
Non, vraiment pas. J’aime toujours autant le sport mais c’est vrai que, maintenant, là, je suis juste un amateur de sport dans les stades ou à la télé, mais pas pour y bosser.
Quelles sont les qualités qu’un slameur doit avoir ?
La seule qualité, c’est vraiment l’envie. L’envie d’écrire, de livrer un petit bout de soi-même. Et après, la sincérité. Le slam, à la base, se joue dans des petits bars, sans décor ni musique, a cappella. Donc, même si tu as pas la plus belle écriture du monde, même si t’as pas beaucoup d’assurance, et que t’as une certaine fragilité, si tu dis le texte que tu as écrit un peu sincèrement et simplement, il peut y avoir une belle émotion et cela peut faire un beau moment de slam.
Un petit mot à pour nos lecteurs ?
Je vais les inciter à découvrir le slam, puisque les gens ne le connaissent pas encore forcément bien. Le slam, ce n’est pas juste les disques de Grand Corps Malade, ou de tel autre slameur. Le slam, c’est vraiment des rencontres dans des petits cafés, des petits théâtres, où tout le monde est amené à prendre la parole. Ça donne des beaux moments d’écoute, et surtout ça donne envie de participer. La plupart des gens qui sont allés voir une soirée slam se sont mis à écrire.



















