
Engagement étudiant : désintéressés s’abstenir ?
Entreprendre une démarche citoyenne gratuitement, sans rien attendre en retour. Voilà un bel idéal. Mais dans un monde cynique ou tout se vend, il fallait bien s’attendre à ce qu’un jour, même se mettre au service des autres puisse rapporter quelque chose.
« Faciliter la possibilité pour les associations étudiantes d'avoir des locaux, d'obtenir des financements du FSDIE (Fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes), mais aussi permettre aux étudiants de valoriser leur engagement grâce à des crédits ECTS et en aménageant les rythmes universitaires. »
Ce sont les principaux objectifs de la récente charte pour "la dynamisation de la vie associative des universités, le développement et la valorisation de l’engagement étudiant". C’est beau comme une circulaire du 4e soviet de Novosibirsk.
Et c’est à peine plus révolutionnaire, puisque ce texte vient simplement donner un cadre national à des pratiques déjà courantes dans la plupart des universités. Il a toutefois le mérite de venir mettre un coup de pression à celles d’entre-elles qui tarderait à véritablement soutenir les assos étudiantes.
Ajoutons enfin que cela fait deux ans que ce projet de charte traînait dans les tiroirs. Il était temps d’y apposer quelques signatures : celles des présidents d’université et des organisations étudiantes, à l’exception notable de l’UNEF.
Mais ne soyons pas mauvaise langue au-delà du raisonnable, car quelques articles de cette charte méritent le détour.
Verbatim
"Bénévolat : n. m. Situation d’une personne qui accomplit un travail gratuitement sans y être obligée" - Petit Robert.
Si vous comptez "valoriser" votre activité de vice-trésorier de l’asso locale des Restos du Coeur en validant des crédits, alors non, vous n’êtes pas un bénévole.
Une logique discutable
On peut en effet lire dans ce texte d’une haute tenue littéraire, que :
« Les signataires reconnaissent les compétences acquises par le biais de l'engagement associatif étudiant et les universités s'engagent à les valoriser. Selon des modalités définies localement, ces compétences sont reconnues et donnent lieu à une forme de certification, à l'attribution de crédits ECTS liés à la validation d'une UE inscrite dans la maquette de formation, d'un diplôme d'université, à l'inscription à l'annexe descriptive au diplôme ou à la délivrance d'une attestation. »
En clair : évidemment, on se doutait bien que gérer des projets collectifs, animer une association, représenter les intérêts des étudiants, apporte des compétences. Du reste, celles-ci sont parfaitement valorisables sur un CV, sans parler du carnet d’adresses qu’un tel investissement permet d’étoffer. Était-il alors nécessaire de rétribuer cet engagement ? De surcroît, une UE décrochée par ce biais dispenserait d’en valider une autre tout aussi utile par ailleurs dans un parcours d’étude. Drôle de logique.
L’UNEF a été la seule organisation étudiante à s’émouvoir de ces dispositions : l'engagement étudiant "est un choix personnel et n'a pas à être rémunéré, que ce soit sous forme de crédits ECTS ou par la délivrance d'un diplôme universitaire" a-t-elle commenté. On ne saurait mieux dire.
Certes, le syndicat a d’autres raisons de s’opposer à cette charte, et il le dit tout aussi clairement :
« Nous ne souscrivons pas à l'orientation générale de la charte qui vise à reconnaître l'engagement associatif au détriment de l'engagement syndical. »
Car le texte risque en effet d’encourager une pratique de la vie associative qui pourrait « siphonner » le recrutement des étudiants qui souhaitent s’engager, en les orientant vers l’animation associative au détriment du militantisme syndical.
Privilèges de caste ?
Mais ce n’est pas tout. Désormais, les universités "peuvent élaborer un régime spécifique pour les étudiants engagés, en particulier [pour] les étudiants élus (aménagement des conditions d'étude et d'examens)." Mieux encore :
« Le cas spécifique des étudiants engagés dans la gouvernance de l'établissement doit donner lieu à la définition d'un statut de l'élu étudiant. »
Relisons bien : "aménagement des conditions d’études et d’examens". C’est un vieux routier du monde associatif étudiant qui vous parle : animer une équipe associative et siéger dans des conseils d’université n’a jamais empêché de gérer les priorités et de s’isoler de ses engagements quelques semaines pour préparer ses examens.
Or, alors que jusqu’à présent l’élu étudiant pouvait être un empêcheur d’administrer en rond, un électron libre insoumis, voici qu’on le dote de privilèges de caste en le fonctionnarisant. En le distinguant – au sens de distinction. Ou le statut de l’élu comme bâton de maréchal, pour se flatter, se donner de l’importance. Comme si le travail de soutier de l’associatif et du syndical n’était pas digne en soi.
L’engagement associatif ne nuit pas aux examens
Ce n’est pas nous qui le disons, c’est le très sérieux OVE (Observatoire de la vie étudiante) :
« L'engagement associatif ne paraît globalement pas peser sur l'emploi du temps académique, qui, en moyenne, représente un peu plus de 35 heures par semaine, entre les cours et le travail personnel. D'ailleurs, on n'observe pas de différence sensible en terme de réussite académique. Il ne se traduit pas non plus par une réduction des activités rémunérées. On observe même une tendance contraire. »
No comment.



















