
Les artistes : quelle responsabilité envers les jeunes ?
Peu avant les grandes vacances, l’association ADIC a organisé au Mée-sur-Seine (Seine-et-Marne) un débat autour de la responsabilité de l’artiste. Peut-on dire qu’il joue un rôle social dans son rapport avec les jeunes ? Participe-t-il, volontairement ou non, à leur construction identitaire ? Les rappeurs Disiz Peter Punk, Canardo, et le duo Fik's & P.Kaer sont venus à la rencontre du public, afin d’essayer de répondre à ces questions.
L’ADIC, une asso citoyenne
L’ADIC (Association Dialogues et Initiatives Citoyennes) est une association née en 2009 qui a pour objectif de promouvoir les valeurs citoyennes. Dans ce but, l’association met en place des actions diverses dans les domaines suivants : social, sportif, culturel et artistique, écologique, humanitaire, cohésion sociale… Contact : adic77@hotmail.fr
Espace Cordier de la Maison des Jeunes et de la Culture de Mée-sur-Seine. 20h. La salle se remplit petit à petit. Des étudiants, des lycéens, des collégiens, des élus de la ville, les membres de l’association ADIC… Toutes les classes d’âge sont présentes.
Il est 20h30 quand les rappeurs Disiz Peter Punk, Canardo et les deux membres du groupe Fik’s & P.Kaer viennent s’installer sur la petite scène. Le débat tant attendu peut enfin commencer. Il s’organise en deux parties : les invités s’expriment d’abord sur le sujet posé et répondent aux questions du public par la suite.
Disiz Peter Punk : « J’essaie d’être mesuré dans mes propos »
Les artistes joueraient un rôle plus ou moins important dans la construction identitaire des plus jeunes. Le souhaiter, l’assumer, le fuir, ou encore le nier. Comment se positionnent-ils ? Peut-on vraiment dire que l'artiste joue un rôle social ? Musique et politique, musique et choix de vie, musique et littérature, peinture... Quels rapports entretiennent ces éléments ? Les artistes sont-ils liés par quelconque obligation ou autre devoir de moralité ?
Voilà autant de questions qui ont été posées à l’ouverture du débat. Disiz Peter Punk se lance :
« J’essaie d’être sincère à chaque étape de ma vie et à chaque étape artistique, et être mesuré dans mes propos (…) Je me suis toujours senti entre le marteau et l’enclume. Je voulais redorer le blason d’où je viens, défendre les miens, mais peut-être pas de la façon dont je devais le faire. »
Canardo : « Je ne vais pas changer mes textes pour le public »
Canardo reconnaît qu’il est susceptible d’influencer les jeunes, mais pour lui, être artiste, c’est avant tout être libre.
« C’est de la musique avant tout, je veux faire kiffer les gens. Si je voulais transmettre des discours, je ferai de la politique. (…) Si des gens kiffent, tant mieux… Si t’aimes pas, t’écoutes pas. (…) Je suis un modèle pour personne. (…) Je ne vais pas changer mes textes pour le public. Si je change mes mots, ce n’est plus moi. Il faut accepter l’artiste avec ses qualités, ses défauts et ses débordements. »
Pour mieux faire comprendre son point de vue, Canardo prend l’exemple de Picasso. Il explique que si cet homme s’était arrêté de peindre selon sa vision des choses, et avait pris en compte les critiques négatives concernant son approche artistique si particulière, est-ce qu’il aurait eu la grande carrière qu’on lui associe aujourd’hui ?
Le public est-il responsable ?
Un jeune homme dans le public prend la parole afin de rebondir sur les propos tenus par les invités :
« Chaque action est précédée d’une pensée. Quand on touche aux pensées de quelqu’un, on touche à ses actions. On ne peut pas nier cette responsabilité (…) En mettant sur papier tes frustrations, tu réveilles les frustrations des autres. »
Mais cette frustration ne doit-elle pas être gérée par la personne qui la ressent ? Réfléchir sur les obligations des rappeurs présents pose donc la question de la responsabilité de ceux qui les écoutent.
« Chaque artiste dégage le message qu’il souhaite et c’est au public de définir le message qu’il veut entendre et donc l’artiste à écouter » explique le rappeur Fik’s.
Mais à quel âge peut-on considérer qu’un jeune est capable de faire ce choix de manière réfléchie ?
« Volontairement ou non, les artistes jouent un rôle dans le développement du monde culturel d'une personne, ils influent sur la façon d'agir et de penser, notamment sur les jeunes qui cherchent leur personnalité », nous confiera Brice, 21 ans, quelques jours après avoir assisté au débat.
Les invités, comme le public, semblent partagés sur la question sensible qu’est la responsabilité des artistes. Car comme l’a dit P.Kaer lors de la discussion, "la musique est un débat… on ne peut pas toujours être d’accord." Un débat qui risque sans doute de se renouveler, au fil des générations.
Nadia Bijarch





















