Pour la sortie de  Derrière les murs , Laetitia Casta répond à nos questions :  Ce rôle m a permis d exprimer quelque chose de moi

Pour la sortie de "Derrière les murs", Laetitia Casta répond à nos questions : "Ce rôle m’a permis d’exprimer quelque chose de moi"

Source : Keek
Par Largo le 09 mai 2011
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"Derrière les murs" est le dernier film de Julien Lacombe et Pascal Sid, produit par Alain Benguigui et Thomas Verhaeghe. Le rôle-titre est tenu par Laetitia Casta, qui a accepté de répondre à nos questions...


Synopsis
Auvergne, 1922. Suzanne, jeune romancière, décide de s’isoler à la campagne pour écrire son nouveau livre. Mais peu à peu des visions et des cauchemars font leur apparition tandis que de mystérieuses disparitions de petites filles sèment le trouble dans le village...

 

 


Qu’est-ce qui vous a attirée dans ce projet ?

J’ai trouvé le scénario extrêmement bien écrit et le développement psychologique du personnage de Suzanne d’autant plus étonnant qu’il était dû à deux hommes. J’ai aimé le ton, le mystère,et l’espace que laissait l’histoire à l’imaginaire du spectateur. Le rôle offrait aussi une grande liberté avec un personnage particulièrement intéressant parce que loin d’être évident. La rencontre avec Pascal et Julien a également été déterminante. Nous nous sommes tout de suite bien entendus, nous avons immédiatement fonctionné dans l’échange. C’était important parce que je suis arrivée tard sur le projet.Tout s’est fait très vite et je n’ai pas eu le temps de me poser beaucoup de questions avant de m’engager. C’était finalement très bien comme ça.

Suzanne, votre personnage, est une énigme. Elle se révèle tout au long du film, d’indice en indice…

C’était l’un des atouts de cette histoire. C’est un film à la croisée des genres construit comme un thriller. Dès le début, dans cette époque des années 20, le fait qu’elle écrive, qu’elle ait eu un enfant sans être mariée et qu’elle fume en fait déjà une femme à part. Ce décalage par rapport à la condition féminine de cette époque nous interpelle aussi vis-à-vis des codes d’aujourd’hui. De nos jours, encore, être hors des normes et ne pas correspondre à l’attente que les gens ont de vous provoque la réaction. C’est ce que vit Suzanne, au point de ne plus avoir d’espace de liberté, au point de voir progressivement diminuer la place que lui laisse le regard des autres dans ce village. Tous ces aspects, associés à son mystère, rendaient son interprétation extrêmement intéressante.

Comment avez-vous construit ce personnage ?

Avec l’idée d’être au service du film, je suis allée chercher en moi certains aspects comme cette façon de me tenir, cette sécheresse et cette dureté. Rôle après rôle, je puise de plus en plus profondément en moi. Je le fais parce que je me sens bien en tant qu’actrice et que je fais mes choix chaque jour davantage. Aujourd’hui, je ne suis plus seulement dans l’attente du désir d’un metteur en scène, j’ai aussi mes propres envies.

J’ai abordé ce personnage par sa fêlure, la perte de sa fille, par la mauvaise conscience et la culpabilité. Le côté dépressif qui en résulte la pousse à boire l’absinthe qui joue sur son psychisme. Elle a du mal à garder la tête hors de l’eau et tombe dans une sorte de dépression dont elle n’a pas conscience parce qu’elle est dans un combat contre elle-même. Lorsqu’elle rencontre cet homme, elle sait que c’est la dernière fois et elle se jette sur lui comme une assoiffée sur une source. En elle, il n’y a plus de place pour le sentiment. Pour être crédible sur les aspects pathologiques de sa personnalité, je me suis documentée et j’ai rencontré un spécialiste de ce genre de cas.

Qu’avez-vous apporté au personnage ?

Pour la première fois sur un tournage, j’ai vraiment ressenti l’échange avec les metteurs en scène. Ils étaient dans l’écoute, sans perdre leur avis, mais toujours prêts à entendre mes arguments et à en tenir compte s’ils étaient convaincus. Cette liberté m’a rendue d’autant plus responsable et je me suis beaucoup impliquée.

Suzanne est un personnage qui fait passer autant de choses par le non-dit et l’attitude que par les mots. Son apparence, ses costumes, ne sont pas l’essentiel. Ce qui caractérise Suzanne, c’est sa tension, les émotions qu’elle ne peut pas confier, ses doutes, ses peurs. Ce sont des facettes que j’ai vraiment eu plaisir à explorer. J’aime jouer, et qu’il s’agisse de glamour ou de quelque chose de plus brut comme c’était le cas ici, à chaque fois, je cherche toujours à m’approcher de l’intériorité du personnage, de sa fragilité.

Avez-vous besoin de vous raconter ce que l’image ne dit pas ?

Du début à la fin, j’ai besoin de m’expliquer ce qui se passe aussi bien dans le conscient que dans l’inconscient, jusque dans les contradictions du personnage. Un individu n’agit ou ne pense pas toujours de façon logique. Pour nourrir tout cela, je m’appuie sur mes expériences personnelles, sur des souvenirs. En l’occurrence, je me suis beaucoup replongée dans mes peurs d’enfant. Un simple craquement de plancher dans la nuit peut faire naître des images épouvantables dans un esprit. Le personnage a d’ailleurs quelque chose d’enfantin dans sa fragilité. On la voit souvent, en chemise de nuit, dans ces grands couloirs, comme une silhouette de petite fille perdue.

Pour elle, arriver à la campagne marque un nouveau départ. Loin de la ville, elle espère trouver la force de surmonter tout ce qui la détruit et l’empêche d’écrire. À sa sortie de la gare, elle a une certaine manière de regarder les choses, d’entretenir un dialogue avec elle-même à chaque pas. Elle espère une nouvelle approche. C’est comme cela que j’ai perçu son état d’esprit à ce moment-là. Elle va ensuite en traverser beaucoup d’autres…

Vous êtes souvent seule à jouer, en réaction à des sentiments puissants du personnage ou à ses perceptions…

C’était une difficulté qui faisait aussi l’intérêt du rôle. Du coup, j’étais contente lorsqu’un acteur arrivait ! J’ai effectivement beaucoup de scènes seule. Dans ce film, il y a la peur, le malaise, et je devais faire passer cela sans trahir la sobriété du personnage, sans rompre son côté fermé. Je devais à la fois cacher son émotion tout en en montrant certaines qui révèlent ses failles. C’était un travail passionnant et peu habituel. Comme on ne tourne jamais dans l’ordre, je devais toujours faire attention aux raccords, à l’état dans lequel elle se trouve. Suzanne est toujours dans l’intensité, elle ne se détend jamais. Chaque scène apporte son lot de tension mais cela peut venir de plusieurs raisons. Elle est toujours face à un problème : sa culpabilité, son incapacité à écrire, sa solitude, le regard des autres, ce qu’elle a découvert sous la maison ou même ces disparitions... Suzanne affronte toujours quelque chose en essayant de ne pas se laisser submerger.

Comment avez-vous travaillé avec les réalisateurs ?

Pascal et Julien fonctionnent parfaitement ensemble et leur direction est cohérente. Par moments, l’un peut être davantage sur la technique et l’autre sur le jeu, mais cela peut aussi s’inverser. Nous avons vraiment travaillé ensemble. Parfois, le soir après le tournage – même à minuit – il m’arrivait de les appeler parce que je pensais à des petits détails, et ils étaient disponibles. Pascal et Julien sont là pour faire du cinéma et ils y mettent toute leur énergie. Avec le tournage en décors naturels, la 3D, les costumes et les effets, j’avais peur que la technique l’emporte sur le jeu, mais nous étions tous d’accord pour ne pas la laisser envahir le travail et cela n’est pas arrivé. L’émotion et l’intention sont restées nos principales préoccupations.

Pouvez-vous nous parler de vos partenaires ?

Thierry Neuvic est quelqu’un de vraiment chaleureux, de généreux, et cela compte sur un plateau. Dans le film, il joue l’archétype de l’homme viril, mais il l’aborde avec sobriété, avec douceur. Au-delà des clichés, c’est plutôt lui qui est bien habillé et c’est mon personnage qui lui saute dessus. Je trouvais intéressant de renverser les conventions. Il incarne parfaitement le dernier espoir de Suzanne.

Jacques Bonnaffé est remarquable de perversion et de complexité. En arrivant sur le plateau, il avait complètement construit son personnage. Il joue l’un des éléments les plus perturbants du film. On ne sait jamais ce qu’il va faire. Enfin, jouer avec Emma Ninnuci, qui interprète la petite fille à qui Suzanne donne des cours, était particulier parce qu’il ne s’agissait pas tant de jouer face à une enfant que face au souvenir qu’elle réveille. Tout s’est très bien passé et l’équipe était bonne.

Aujourd’hui, comment vous sentez-vous dans le cinéma ?

Mon parcours a été assez long, mais pas tant que cela si on y réfléchit. Dix ans se sont passés avant que je ne sois considérée. C’était sans doute nécessaire pour être prise au sérieux. À force d’acharnement et d’investissement dans mes rôles, les gens ont compris que pour moi, jouer était vraiment une passion et pas un caprice. Mon engagement a fini par dépasser les préjugés, même si on ne peut pas plaire à tout le monde. Mais mieux vaut ne pas plaire que laisser indifférent. Je crois avoir trouvé ma place. Aujourd’hui, la comédienne a pris le pas sur tout le reste. Je l’ai toujours vécu ainsi mais il fallait que cela soit aussi perçu par les autres.

Avec le recul et en discutant avec d’autres comédiens, je m’aperçois que c’est difficile pour tout le monde – un comique qui se lance dans un rôle dramatique, une actrice qui vient du théâtre ou de la télé et se tourne vers le cinéma. Il y a toujours des obstacles à surmonter. Je n’ai pas l’impression d’avoir été plus maltraitée qu’une autre. On a été exigeant avec moi et cela ne me gêne pas parce que je le suis moi-même. J’ai l’impression d’apprendre tous les jours. Rien n’est jamais acquis.

Que vous a appris ce rôle ?

Les metteurs en scène m’ont fait confiance et m’ont laissé beaucoup de liberté sur le plateau. J’ai eu très peu de temps pour travailler ce personnage et développer son psychisme. J’avais l’ossature, restait à trouver la chair. Je suis toujours en recherche, c’était plus vrai encore pour ce personnage. J’étais donc très concentrée sur ce tournage, entièrement dans le film. Il fallait tout le temps envoyer quelque chose de fort. Chaque soir, je reprenais le scénario pour préparer le lendemain. C’était une expérience très stimulante.

Qu’est-ce qui vous a rendue la plus heureuse dans ce projet ?

Ce rôle m’a permis d’exprimer quelque chose de moi en tant que comédienne. D’autant plus que, faute de temps, j’ai dû m’y jeter. Par rapport à mes choix, mon engagement est de plus en plus grand. Avant, je mettais plus de distance, je ne comprenais pas les acteurs affirmant qu’ils mourraient si les choses s’arrêtaient. Sans aller jusque-là, je ne peux même pas imaginer m’arrêter. Tourner est une expérience intense, aussi difficile qu’extraordinaire. La phase de tournage est ce qu’il y a de plus intéressant et il y avait de quoi faire avec ce personnage.

Attendez-vous certains rôles ?

Je suis de plus en plus confiante par rapport à ce que l’on me propose. Je sens que quelque chose est en train de s’épanouir. Je n’ai pas d’attente particulière mais je crois que j’adorerais tourner un film d’action. Cela me permettrait d’explorer encore d’autres aspects de ma palette. C’est ce que je fais en étant une voix principale du dessin animé "RIO", c’est aussi ce que je fais en incarnant la jeune femme de "Derrière les murs".

 

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