Amelle Chahbi et Noom font rire le public du Théâtre le Temple à Paris, depuis un peu plus d’un an, avec la pièce "Amour sur place ou à emporter". Ils abordent le quotidien d’un couple mixte avec un regard contemporain, le tout avec beaucoup d’humour et de légèreté.
Vous abordez des sujets variés : la religion, le racisme, et même l’excision. Est-ce qu’il y a des sujets que vous vous interdisez ?
Amelle : Non, on ne s’interdit rien du tout. On écrit des choses qui nous font marrer et on les partage avec les autres. On essaie de ne pas être méchant pour rien. On se vanne très fort mais c’est une surenchère de vannes qui devient en fait ridicule.
Noom : On n’a pas voulu se censurer car dans la vie d’un couple, il arrive un moment où ces questions-là, on se les pose. On voulait que tout le monde puisse s’y retrouver. Une vie est faite de blanc et de noir, donc il fallait que ça se ressente aussi dans la pièce.
Noom joue le personnage d’un mec dragueur, radin et infidèle. Amelle celui d’une fille jalouse, possessive et colérique. Quel défaut retrouve-t-on chez vous ?
Amelle : Je peux être jalouse mais je ne fouille pas dans le portable… Beaucoup plus jeune, peut-être que je l’étais mais maintenant, si on me trompe et que je le sais, je dis "salut !".
Noom : Je ne suis pas radin, filou, on l’est tous un peu. Dragueur, tu l’es quand tu es célibataire et une fois que tu grandis et que tu as trouvé quelqu’un, tu ne dragues plus. Mais dans cette pièce, il y a plein de trucs qu’on a pris de notre vie perso pour les montrer, à l’excès.
La comédie se joue depuis pas mal de temps déjà… Vous n’avez pas peur de vous lasser, de voir votre motivation en prendre un coup ?
Amelle : Non, car il y a des étapes. Avant, on était dans une petite salle du théâtre, et maintenant on est dans la grande. Ce sont des petits challenges qui nous tiennent tout le temps en haleine. Et chaque soir est différent, tu n’es jamais dans la lassitude ou dans l’ennui… Une fois, une meuf dans le public s’est levée parce qu’elle était en embrouille avec son keum !
Noom : Tous les soirs, c’est différent : les gens ne rigolent pas au même moment par exemple. Et quand les gens rient, tu es heureux à chaque fois. Tu ne te lasses pas de t’amuser.

Vos deux personnages se rencontrent sur Facebook. Est-ce que chacun de votre côté, vous avez déjà fait ce type de rencontres ?
Amelle : Non, jamais. Sur Facebook, j’ai presque 5 000 amis. Je ne peux pas commencer à parler avec quelqu’un, même si je vois une belle photo. D’autres le font mais ils en ont entre 20 et 50, c’est une vraie chaîne d’amis. Moi, je ne connais personne en fait, c’est délicat… Et je ne suis pas libre en plus !
Noom : Non, mais des filles me draguent cash sur Facebook, ça se fait. C’est pour ça que tu peux connaître le statut de tes amis : en couple, célibataire, compliqué… L’ordinateur est un moyen d’enlever la timidité des gens, tu n’as pas à affronter la gêne et le silence des face-à-face.
Le printemps, c’est là où se lance sérieusement dans les révisions du bac. Comment ça s’est passé pour vous ?
Amelle : Je savais déjà exactement ce que je voulais faire, donc je ne m’attardais pas non plus... Le seul deal avec mes parents, c’était "OK, tu veux faire une école de théâtre mais passe ton bac". Les révisions, c’était très pépère, j’ai eu mon bac au rattrapage, paf paf, tranquillou (rires). Mon but, c’était d’aller m’inscrire tout de suite après dans une bonne école de théâtre. Là, je suis restée trois ans.
Noom : Moi, je suis un cancre chanceux. Mauvais élève à l’école mais la dernière semaine, j’ai bossé à fond. J’ai comblé mes 21 points manquants au rattrapage, et voilà. J’en ai surpris plus d’un, le proviseur ou encore mon professeur principal !
Quels sont vos futurs projets respectifs ?
Amelle : Là, on va adapter la pièce au cinéma. C’est en projet, je pense que ça va se faire… Il y a aussi plein de réalisateurs qui viennent et qui me proposent des rôles, je ferai des essais cet été. Et tous les lundis, je suis avec Arthur sur Comédie !, où je joue le personnage de Julien.
Noom : Concernant la pièce, on espère faire une belle tournée… Et il y a mon spectacle solo que j’ai écrit, j’ai déjà ma ligne directrice mais j’attends pour en parler, les lecteurs pourraient se lancer dans le stand up et me piquer l’idée ! Je passe des castings, je ne cache pas qu’on me propose souvent des rôles de délinquants, de voyous, de "rastaman", mais bon on espère que ça changera un peu ! Car qui dit rasta, ne dit pas forcément drogué ! (rires) Et je travaille avec Amelle chez Arthur, j’écris des chroniques…
Un petit mot à nos lecteurs pour finir ?
Amelle : Même dans notre boulot, on n’arrive à rien sans travail. Des fois, j’ai dix pages de vannes et une seule va être marrante pour le public. Aller au collège, au lycée puis à la fac, ça t’apprend à gérer la masse de travail... Y a pas de secret, il faut taffer et on y arrive, avec ou sans talent. Un esprit médiocre qui s’applique va toujours plus loin qu’un esprit sublime qui ne s’applique pas.
Noom : Les gars, déconnez pas avec les études, la vie, c’est dur ! Blaguez pas, il n’y a rien de plus important que les études, il faut avoir de bons diplômes, trouver un travail et être heureux et s’amuser… dans le respect bien sûr !
Propos recueillis par Nadia Bijarch


















