
Fabrice Éboué fait partie de la nouvelle génération des humoristes français : "ma matière préférée, c'est le divertissement"
Sur scène depuis plus de dix ans, Fabrice Éboué fait partie de la nouvelle génération des humoristes français. Son humour piquant a tendance à déstabiliser certains et à faire rire beaucoup d’autres… En tous les cas, s’il y a bien une chose qu’on ne peut pas lui reprocher, c’est d’avoir su rester lui-même tout au long de son parcours.
Humour irrévérencieux, blagues vachardes, sujets qui fâchent… On entend et on lit tout sur ton style. Toi, comment te définirais-tu ?
Ce n’est pas à moi de définir mon humour, c’est au public de le faire. Ce que je dis sur scène reprend les blagues que je fais avec mes potes dans mon intimité. Je n’écris pas pour choquer ou intéresser les gens… Ce sont avant tout des idées qui me viennent au fur et à mesure, par-ci par-là, je ne calcule rien du tout. Si je devais caractériser mon humour, je dirais juste qu’il me ressemble.
Ado, étais-tu déjà comme ça ?
Oui, j’ai eu des gros problèmes de scolarité... Ça a été très chaotique, j’ai dû arrêter les études assez tôt d’ailleurs. Moi, ma matière préférée, c’est le divertissement. La classe a été en fait mon premier terrain de jeu. Donc, pour moi, la scène est le prolongement de l’estrade tout simplement. Ça s’est fait très naturellement, je suis très vite monté sur scène, en 98.
Et au niveau des études ?
J’ai arrêté l’école en première. Après, j’ai passé le bac ES en candidat libre. Derrière, j’ai fait un peu d’histoire à la fac de Créteil mais j’ai abandonné. J’avais découvert un truc qui me passionnait beaucoup plus. À côté de la fac, il y a un tribunal où j’allais assister aux audiences correctionnelles toujours avec un regard assez amusé. J’observais les performances des avocats, c’était assez amusant à voir... Ensuite, j’ai essayé de me lancer dans un BTS Tourisme parce que les cours étaient juste à côté de chez moi. Même chose, ça n’a pas porté ses fruits.
Quels conseils donnerais-tu à un jeune qui te dirait qu’il a envie de devenir humoriste ?
Je lui conseillerais deux choses. D’abord, être lucide. Il doit se demander si ce qu’il fait est vraiment drôle, s’il a vraiment un truc à apporter sur scène. La lucidité est la chose la plus importante, la patience va évidemment avec. Et puis deuxième chose, il faut être soi-même. Il doit se demander s’il est fait pour ce métier ou pas. Il ne faut pas se mentir à soi-même car il y a beaucoup d’artistes qui le font et là, ça devient rapidement pathétique.
Peux-tu nous parler de ton dernier spectacle au Bataclan, à Paris ?
C’est celui que j’ai joué au théâtre Le Temple l’an dernier. Ce spectacle est un peu pour me faire plaisir… On y retrouvait beaucoup de choses que j’ai faites au Temple. Je me raconte parce que j’estime que c’est ce qui fait l’originalité d’un spectacle. Je parle de ma famille, de mon enfance, de ma religion, de mon arrivée dans ce métier. Et aussi de mes rencontres avec Jamel Debbouze, Marc-Olivier Fogiel, Laurent Ruquier, qui m’ont permis d’être sur scène aujourd’hui. Cette ossature qui est très importante parce que personne ne peut te raconter mieux que toi-même, je la saupoudre d’actualité, ce qui rend le spectacle moderne et actuel.
Et au sujet de "Case Départ", le film que tu as co-écris avec Thomas Ngijol ?
"Case départ" parle de deux demi-frères d’origine antillaise que tout oppose. L’un sort de prison, vit en cité et s’est converti à l’islam mais de manière très aléatoire, il rate sa vie parce qu’il est noir... L’autre ne fait plus du tout parler son côté antillais, il travaille dans une mairie de droite et veut être plus blanc que les blancs. Les demi-frères sont contraints de se retrouver aux Antilles parce que leur père est en train de mourir... En plus du côté comique, ce film nous permet de faire le parallèle avec la vie d’aujourd’hui où le racisme progresse d’année en année. C’est avant tout un film sur l’identité.
Comédie, cinéma, écriture, mise en scène… Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter de plus ?
Je commence à faire le tour dans ce métier. Mais j’ai envie de faire du théâtre. Pour mon prochain spectacle, je n’ai pas envie d’être tout seul sur scène. C’est vrai que pour l’ego, c’est énorme... Maintenant, quand je vois la pièce que j’ai mise en scène, L’amour sur place ou à emporter, qui se joue au théâtre Le Temple, je trouve passionnant le fait de partager la scène avec quelqu’un. J’ai envie de vivre cette expérience.
Et que dirais-tu de reprendre les études ?
Non, je n’ai pas envie de reprendre mes études même si ça pourrait être un bon challenge. Quand tu galères, comme moi, une dizaine d’années avant que ça ne commence un peu à décoller, les études tu les as faites… J’ai fait mon apprentissage comique pendant toutes ces années-là !

















